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L’ex-président invoque le cas libyen et réclame «une action rapide de la communauté internationale». » A CHAUD – «Sarkozy veut rappeler sa disponibilité aux Français»
Fini, la cure de silence. Nicolas Sarkozy se rappelle au bon souvenir des Français. Dans un communiqué publié mardi soir et cosigné par l’ancien président de la République et Abdelbasset Sieda, président du Conseil national syrien (CNS) et principal chef de l’opposition, les deux hommes font savoir qu’ils se sont entretenus par téléphone pendant quarante minutes. «Ils ont constaté la complète convergence de leurs analyses sur la gravité de la crise syrienne et sur la nécessité d’une action rapide de la communauté internationale pour éviter des massacres, indique le communiqué. Ils sont convenus qu’il y a de grandes similitudes avec la crise libyenne.»

Fin juillet, Le Parisienavait prêté à Nicolas Sarkozy des commentaires sévères sur l’attitude de François Hollande face à la crise syrienne. «On m’a critiqué sur la Libye, mais moi, au moins, j’ai agi, aurait-il déclaré. Il faut être plus ferme contre le régime de Damas, beaucoup plus ferme.» L’entourage de l’ancien chef de l’État avait démenti tout contact avec le journaliste signataire de l’article.

Le communiqué publié mardi soir ne comporte aucun jugement sur la position française. Mais, en invoquant le précédent libyen, Sarkozy stigmatise en creux l’inaction de son successeur. En 2011, le président français avait bataillé pour obtenir le feu vert de l’ONU à une intervention militaire en Libye. Il était resté à l’initiative en prenant la tête de la coalition qui a conduit cette intervention, jusqu’à la chute de Mouammar Kadhafi. La mise en cause implicite de Hollande prend d’autant plus de poids que la France a pris, le 1er août, la présidence tournante du Conseil de sécurité de l’ONU.

Message reçu cinq sur cinq à l’UMP, dont plusieurs dirigeants sont aussitôt montés au créneau. Jean-François Copé avait déjà déploré «le silence assourdissant de la France». L’eurodéputé Philippe Juvin a qualifié «l’attentisme de François Hollande sur le dossier syrien» de «criminel». «Pourquoi François Hollande, qui a même la direction du Conseil de sécurité, en fait-il moins que Sarkozy?, interroge-t-il. Pourquoi ne décide-t-il pas d’intervenir? Par peur? Par amateurisme? Parce qu’il ne sait pas décider? Parce qu’il n’a pas compris l’enjeu moral?»

La toujours très sarkozyste Nadine Morano, quant à elle, a attaqué par un tweet: «Hollande est en vacances Sarkozy aussi mais comme toujours actif à s’intéresser au dossier syrien comme en 2008 pour la Géorgie.» La crise géorgienne avait également éclaté en août, et Sarkozy avait effectué une mission de paix en Russie et en Géorgie.

Le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a réagi à ces critiques en déclarant sur RTL que réclamer une intervention, «c’est malheureusement de la démagogie». «C’est facile à dire, très dangereux à faire, a-t-il affirmé. Je rappelle à l’UMP qu’Alain Juppé a affiché en permanence la différence entre la situation libyenne et la situation syrienne. On ne peut pas jouer les va-t-en-guerre, même si aujourd’hui on peut partager l’angoisse, la révolte de l’opinion face aux crimes de Bachar el-Assad.»

«Les déclarations de M. Sarkozy, M. Copé et d’autres membres de l’UMP, accusant le président de la République et le gouvernement français de passivité face au drame que vit le peuple syrien, sont irresponsables au moment où notre pays devrait être uni pour soutenir l’action déterminée des dirigeants français en la matière», a réagi Martine Aubry dans un communiqué. Rappelant qu’el-Assad avait été reçu à Paris par Sarkozy «avec tous les honneurs», la première secrétaire du PS juge «cette campagne médiocre car elle utilise à des fins bassement politiciennes, les souffrances du peuple syrien».

Jean-Christophe Cambadélis, secrétaire national du PS aux questions internationales, a qualifié le communiqué de Nicolas Sarkozy d’«inopportun», en assurant que la diplomatie «hollandaise» est allée «au-delà de la diplomatie sarkozyenne». Pour le député PS de Paris, il est aussi «inélégant, car, pour le moins, l’ex-président aurait dû se féliciter de l’action de la France».

L’Élysée n’a pas réagi, mais le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a annoncé que le Conseil de sécurité de l’ONU se réunirait le 30 août «pour débattre en priorité de la situation humanitaire en Syrie».

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