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A l’instar des acteurs du tourisme pendant la saison touristique, des cultivateurs pendant la traite et des vendeurs de frigos et climatiseurs pendant les fortes canicules, les audits en cours installent une période de vaches grasses pour les avocats mais surtout pour les marabouts. Si des présumés coupables préfèrent s’en remettre à la justice, sûrs de leur innocence, d’autres, par contre, préfèrent s’attacher les services de marabouts pour s’en sortir. Pour la plupart, un marabout au moins s’active. S’il n’est pas saisi par le concerné lui-même, il l’est parfois, à l’insu de ce dernier, par un proche parent ou ami. Tous les moyens sont bons pour éviter un éventuel emprisonnement. De longues distances sont souvent parcourues pour trouver l’oiseau rare, des sommes colossales parfois dégagées, l’essentiel : se tirer d’affaire.

Place et caractéristiques du marabout dans la société sénégalaise
« Allo, bonjour, suis-je bien avec Serigne T… ? C’est F…qui nous a mis en rapport, je m’appelle I… mon fils a des problèmes avec la justice, il est accusé à tort d’être mêlé à une affaire de détournement de deniers publics, pouvez-vous m’aidez à calmer l’affaire sans dommage? ». Des appels téléphoniques du genre font flore depuis un certain temps et les correspondants ne sont autres que des marabouts qui occupent une place importante dans la culture sénégalaise.

Ils sont de toutes les ethnies (socé, wolof sérère, diola, peulh…) et ont la particularité d’« exceller dans tous les domaines » : mariage, emploi, voyage, résolution de problèmes. Tout y passe, pour éviter l’emprisonnement, synonyme de honte dans la société sénégalaise : eau bénite, amulettes, cure-dents, offrandes et sacrifices de toutes sortes, bœuf, bélier blanc, bouc noir, coq de différentes couleurs et même chat noir, à égorger ou à enterrer vivant.

Au premier contact, le marabout rassure le client en évoquant Dieu, s’il ne fait pas étalage de sa toute puissance ; on se rappelle le fameux «Allah diabbi diabbani» (qu’il plaise à Dieu ou non). Seulement, si l’affaire pour laquelle il a été saisi réussit, il a tendance à oublier Dieu et à se prendre pour un faiseur de miracles. Si l’affaire ne se résout pas, il n’hésitera pas à traiter le client de gros pécheur imperméable à toute prière. Il ne garde généralement pas de secrets et citent souvent des noms de personnes célèbres pour qui ils ont eu à travailler.

L’influence des guides religieux
Les guides religieux, porteurs de voix très influents dans la société sénégalaise et souvent craints des autorités étatiques, sont très sollicités. Dans ce cas précis, il ne s’agit pas seulement d’implorer des prières, mais d’intervenir auprès des plus hautes autorités judiciaires qui peuvent être leurs disciples. Ils sont parfois plus efficaces que le plus opérant des avocats. Différents du marabout qui ne se limite qu’à prier Dieu, en plus de sacrifices, les guides religieux peuvent, par un simple coup de téléphone, obtenir la libération de leur disciple ou protégé.

Certains gestionnaires de deniers publics sont «talibés» par conviction, d’autres se réfugient derrière leur serigne pour éviter toute mauvaise surprise. Au Sénégal, Il est rare qu’une intervention d’un guide religieux influent échoue.

Les marabouts partisans des audits
Ces marabouts, pour la plupart, souhaitent que les audits se poursuivent. En effet, les personnes épinglées ne sont généralement pas avares. BMK, dont un des amis est dans le pétrin, raconte : « J’ai appelé un marabout, avec qui j’ai l’habitude de traiter, pour l’entretenir des problèmes d’un ami entre les mains de la justice dans le cadre des audits. Ma surprise a été grande, lorsqu’il m’a demandé 300.000 francs CFA, sans même connaitre les tenants et les aboutissants de l’affaire. Pourtant, dans le cadre de notre collaboration, il n’avait jamais demandé le dixième de ce montant ».

Les raisons qui poussent à chercher un marabout sont nombreuses. Certains cadres de l’administration n’attendent pas de rencontrer des difficultés dans leur travail pour en trouver. Ils les entretiennent à coup de centaines de milliers de francs tous les mois pour conjurer le mauvais sort ou franchir des paliers dans leur hiérarchie. D’autres, par contre, sûrs de leur intégrité, attendent d’être dans des difficultés pour faire appel à leurs services.

Les résultats sont souvent mitigés
Les résultats sont divers. Des fois ça passe, des fois ça cale. Cela a plus tendance à aler car les enquêteurs et magistrats, à l’image des présumés coupables, ont maintenant recours aux marabouts. Cette pratique n’est plus l’apanage d’une certaine frange de la population et touche même les intellectuels. Ils se « blindent » le corps, devenant ainsi « invulnérables ». Tout compte fait, une gestion transparente des deniers publics est de loin la meilleure arme pour faire face à un magistrat.

Paradoxalement, c’est dans un pays composé à 99% de croyants que l’on fait plus confiance aux marabouts qu’à Dieu.

Qui disait qu’au Sénégal, il y’a 95% de musulmans, 5% de chrétiens mais, 100% d’animistes ?

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